Le micro-crédit: une petite aide importante.

Cette présentation concerne le rôle des femmes dans l’économie du tiers monde, et en particulier le rôle qu’elles jouent dans le micro-crédit.
Avant d’aborder la thématique du micro-crédit il se rend nécessaire d’expliquer ce que ce sont la micro-finance et le micro-crédit.
La micro-finance désigne les dispositifs permettant d’offrir tous les services financiers tels que le micro-crédit, à des familles très pauvres pour les aider à conduire des activités productives ou génératrices de revenus leur permettant ainsi de développer leurs très petites entreprises.
Avec le temps et le développement la micro-finance s’est élargie pour inclure désormais une gamme de services plus large (crédit, épargne, assurance, transfert d’argent etc.) et une clientèle plus étendue également. Dans ce sens, la micro-finance ne se limite plus aujourd’hui à l’octroi de micro-crédit aux pauvres mais bien à la fourniture d’un ensemble de produits financiers à tous ceux qui sont exclus du système financier classique ou formel.
Le micro-crédit, enfin, est un des services offerts par la micro-finance, c’est-à-dire il s’agit d’un prêt à des familles extrêmement pauvres.
1) Introduction au micro-crédit.
Le micro-crédit est un instrument de développement économique, il permet aux personnes extrêmement pauvres de pouvoir accéder aux services financiers. Ces personnes ont difficulté à accéder aux services financiers à cause de l’absence de garanties réelles et des petites dimensions des entreprises (micro-entreprises). Les instruments de micro-crédit ont prévu de donner de petits prêts aux micro-entrepreneurs afin de les aider à développer leur entreprise ou de commencer des activités qui puissent les aider à améliorer leurs conditions de vie.
Les services de micro-crédit souvent prévoient aussi d’autres service qui aident les pauvres à développer leur activité, tels que : la formation technique et la gestion de l’activité, la création de réseaux commerciaux.
2) Les typologies de micro-crédit.
Existent différentes typologies de micro-crédit : individuel (qui est accordé directement à l’individu) et de groupe.
Le micro-crédit de groupe est, à ça fois composé de :
@ Groupe solidaire : est un groupe composé de 3 à 10 personnes et chaque personne est responsable du crédit des autres membres du groupe ;
@ Banque du village : il s’agit d’une association de crédit composé de 20/25 personnes, normalement des femmes ; la banque est financée par des prêts qui proviennent de l’extérieur et destinés à ces femmes.
3) Le fonctionnement du micro-crédit
Le micro-crédit désigne les petits prêts faits aux individus à faible revenu pour soutenir le travail autonome ou pour démarrer de très petites entreprises. Ce genre de prêts est assez petit, allant de moins de 100 dollars jusqu'à quelques milliers de dollars (Ministère des Finances Canada, Reforming Canada's Financial Service Sector, 1999).
Les prêts peuvent servir à un certain nombre de buts : un fond de roulement pour couvrir les dépenses quotidiennes; un capital de lancement pour démarrer une entreprise; ou un capital d'investissement pour acheter des actifs immobilisés.
Habituellement, un fond de micro-crédit fournit des services à une zone géographique ou une collectivité particulière également aux groupes particuliers, tels que les femmes, les nouveaux immigrants, les enfants ou les personnes handicapées.
La plupart des programmes offrent une certaine forme d'aide technique, telle que des cours de formation en affaires, des échanges entre pairs et des possibilités de mise en réseau.
La préparation du prêt.
À condition de couvrir des frais du prêteur, l’emprunt ne peut pas dépasser la capacité de remboursement de l’emprunteur. En effet, les ménages de la plupart des pays ne se focalisent pas sur le taux d’intérêt mais plutôt sur le remboursement. Tant qu'ils savent à combien monter le remboursement et qu'ils peuvent y atteindre, le taux d'intérêt est relativement un détail. Toutefois, pour les prêts à long terme (plus de cinq ans), les expériences ont prouvé qu’il vaut mieux associer un taux d’intérêt variable adapté à l’instabilité (l’inflation, par exemple) du marché et limité en terme de fréquence et de montant.
L’évaluation du prêt
Pendant cette étape fondamentale pour réduire le risque du micro-crédit, le prêteur examine la capacité et la volonté de rembourser de l’emprunteur. Traditionnellement, la capacité est en proportion inverse du ratio des obligations de remboursement mensuelles de l'emprunteur divisées par ses revenus bruts, alors que la volonté se mesure par l'étendue du prêt par rapport à la valeur du nantissement constitué pour le prêt. En pratique, une évaluation détaillée pourrait être très complexe et donc coûteuse pour le prêteur, donc le compromis se fait sur la durée et le coût.
Le suivi du prêt
Considérant qu’un emprunteur traditionnel du micro-crédit n'a souvent pas accès à un compte bancaire et ne reçoit souvent pas de salaire formel, pour faciliter et assurer l’encaissement des remboursements, les expériences ont été tirées chez les prêteurs réputés comme adapter les horaires aux emprunteurs, encaisser porte-à-porte, inciter les remboursements rapides en terme de réduction, offrir de l’aide éventuelle en cas de retard temporaire dans les remboursements dûs à des impondérables (maladie, chômage).
4) Avantages et risques du micro-crédit
Avantages :
L’accès durable au micro-crédit contribue à atténuer la pauvreté en générant des revenus, en créant des emplois, en donnant la possibilité aux enfants d’aller à l’école, en permettant aux familles d’obtenir des soins médicaux et en donnant les moyens aux populations de faire les choix qui répondent le mieux à leurs besoins. L’activité de micro-crédit encourage les projets au niveau local et permet d’induire des mutations à la base. Celles-ci sont souvent plus efficaces et ont un plus grand effet d’entraînement que gros projets industriels qui bénéficient rarement aux plus pauvres.
Le microfinancement donne à des millions de ruraux, hommes et femmes, la possibilité de trouver leurs propres solutions.
En effet une gestion avisée des avoirs même les plus modestes peut revêtir une importance capitale pour ceux qui sont très pauvres et vivent dans des conditions précaires et qui risquent d’être privés de revenu, d’abri et de nourriture. Si l’on veut qu’ils puissent sortir de la pauvreté, ils doivent pouvoir emprunter, épargner, investir et mettre leur famille à l’abri des risques. Sans guère de revenu ou de garantie, il est rare que les pauvres puissent obtenir des prêts de banques et d’autres institutions financières du secteur structuré. Et même lorsqu’ils ont effectivement un revenu ou peuvent offrir une garantie, les montants dont ils ont besoin sont souvent trop réduits pour intéresser les banques.
Le micro-crédit constitue un moyen de lutter contre la pauvreté en milieu rural, où vivent la plupart des plus pauvres des pauvres. Le micro-crédit met en effet le crédit, l’épargne, l’assurance et les autres services financiers de base à la portée des pauvres. Grâce à des institutions de micro-finance comme les associations d’épargne et de crédit et certaines organisations non gouvernementales, les pauvres peuvent se procurer des prêts modiques, recevoir les fonds envoyés par des proches travaillant à l’étranger et mettre leur épargne à l’abri. S’ils peuvent obtenir un petit crédit à des taux d’intérêt raisonnables, ceux qui en savent assez pour créer une petite entreprise peuvent le faire s’ils le souhaitent.
L’expérience montre d’ailleurs que les pauvres présentent peu de risques et que leurs taux de remboursement sont plus élevés que ceux des autres emprunteurs. Dans des pays aussi différents que le Bangladesh, le Bénin et la Dominique, les taux de remboursement atteignent parfois jusqu’à 97%.
Enfin le micro-crédit aide a diffuser la culture de l’épargne entre les pauvres.
Risques :
Le micro-crédit est une arme contre la pauvreté, mais pour l’instant, il est coûteux et doit être subventionné. Les petits et moyens crédits doivent être développés davantage encore, car c'est eux seulement qui s'attaquent aux causes de la pauvreté en créant des emplois et en facilitant la croissance.
Deuxiémement les statistiques de la réalité montrent que assez souvent les pauvres ont des difficultés à rembourser leur dette.
Enfin il est particulièrement important savoir évaluer qu’elle est la capacité et la possibilité des personnes de pouvoir rembourser le micro-crédit, accorder un crédit à une personne qui n’est pas en mesure de soutenir cette responsabilité ça vaut dire la faillite du projet et de l’être humain. Trop souvent des ONG non spécialisées ont prêté et n'ont pas ou peu été remboursées. Aucun suivi sérieux, une comptabilité discutable, de bons sentiments et, en fin de compte de la "casse". Ces organisations ont fait beaucoup de tort. Elles ont confondu "dons" et "prêts". "On ne prête pas à celui qui ne peut rembourser, sinon on le tue..." dit-on maintenant au Sahel.
Ce qui est sûr, c'est que le microcrédit améliore la situation des plus pauvres, mais n'élimine pas les besoins en matière sociale et d'infrastructures collectives.
5) Le rôle des femmes.
Les femmes constituent, selon les analystes de l'Onu, des " pauvres méritants ", ce qui implique une symbolique du " petit ", du strict nécessaire pour garder la tête hors de l'eau.
Les femmes pauvres sont souvent celles qui ont la meilleure cote de crédit. Au Bangladesh, par exemple, les prêts problématiques sont plus rares chez les femmes que chez les hommes et les crédits accordés aux femmes ont un impact beaucoup plus marqué sur la consommation des ménages et la qualité de vie des enfants. La condition de la femme, aussi bien au foyer qu’au sein de la communauté, se trouve rehaussée lorsque c’est elle qui est responsable de la gestion des prêts et de l’épargne familiale. Lorsqu’elles génèrent et contrôlent leurs propres revenus, les femmes acquièrent un pouvoir qui leur permet de prendre elles-mêmes les décisions et de se faire respecter.
Les femmes sont en effet les plus pauvres des plus pauvres et le système patriarcal très prégnant. Ainsi, en Inde, le fait que les femmes soient déléguées pour aller vendre représente un statut social plus élevé.
En Inde, comme au Bangladesh, le patriarcat impose que les femmes mariées ne disposent pas d'accès à l'argent, l'homme étant le seul pourvoyeur de revenus. Ainsi, la micro-finance touche plus les veuves, les femmes abandonnées. De plus, ce système s'adresse aux femmes parce qu'elles remboursent bien. Alors les hommes utilisent les femmes pour accéder aux crédits, ce qui crée des tensions.
On a pu constater au Bangladesh que la micro-finance était à l'origine de violences domestiques. Force est donc de constater qu'il existe des effets pervers de ces programmes et surtout une inégalité de genre. Mais, la contradiction ne s'arrête pas là. Les femmes restent les plus accrochées à ces programmes parce qu'ils ont pu les faire sortir de leur espace privé, tout en bâtissant une approche collective, en particulier pour les questions de caution par le groupe. De fait, on constate un renforcement du capital social, base d'une association de lutte contre d'autres fléaux de la société, comme la dot, l'alcoolisme, l'éducation des filles, les infanticides des filles…Les rencontres hebdomadaires créent du lien. Au niveau politique, les groupes solidaires prennent de l'ampleur et on a ainsi pu assister en Inde, à une augmentation non négligeable des femmes élues au parlement et la mise en place de quotas (33%) de sièges dans les collectivités territoriales.
Quelques examples.
« Pendant plusieurs années, Sarasu, qui élevait seule ses sept enfants dans un village de l’Inde, a dû lutter pour nourrir sa famille avec 20 roupies par jour seulement, c’est-à-dire moins de 0,5 USD.
Il lui était évidemment impossible de mettre de l’argent de côté et, ne pouvant pas offrir de garantie, d’obtenir un prêt d’une banque. C’est alors qu’en 1989, le FIDA a lancé son projet de promotion de la femme au Tamil Nadu sur la base d’une idée novatrice, née en Inde, tendant à mettre en place un système informel de crédit et d’épargne en groupe. La prémisse était simple: les femmes, après avoir contribué à un compte commun, pouvaient avoir accès à un prêt en s’adressant aux banques
commerciales locales participant au programme. Résolue à améliorer ses conditions de vie, Sarasu, après avoir épargné le minimum requis, a immédiatement contracté un prêt pour acheter deux vaches laitières.
La vente de son lait a porté son revenu à 100 roupies par jour. Un autre prêt l’a aidée à monter une affaire de bois de feu. Aujourd’hui, plusieurs années plus tard, les deux prêts ont été remboursés et deux des enfants de Sarasu sont diplômés de l’université. »
« La Maman Mole Motuke vivait dans une voiture-épave avec ses quatre enfants dans une banlieue de Kinshasa à la République Democratique du Congo. Lorsqu'elle arrivait à trouver quelque chose à manger, c'était pour nourrir deux d'entre eux; la fois suivante, elle donnait à manger aux deux autres. Lors d'un entretien avec du personnel d'une organisation de microcrédit, elle leur a dit qu'elle savait comment préparer le chikwangue (pâte de manioc) et que quelques dollars seulement lui suffiraient pour en commencer la production. Après une formation de six mois en marketing et en techniques de production, Maman Motuke a reçu un premier prêt de 100 $US pour acheter le matériel nécessaire.
Aujourd'hui, Maman Motuke et sa famille n'habitent plus dans une voiture-épave-ils louent une maison avec deux chambres et un salon. Ses quatre enfants vont à l'école, mangent régulièremnt et sont bien habillés. Elle fait des économies de façon à pouvoir acheter un petit peu de terrain dans une banlieu plus loin de la ville et espère, un jour, y construire une maison. »
« Un salon marocain dans une petite maison au fond d’une ruelle du quartier Mabrouka à Casablanca. Toutes les cinq minutes, la porte s’ouvre. Des femmes entrent par petits groupes, des billets de banque à la main. Sagement, elles s’installent sur une banquette et attendent leur tour. Elles ont l’air détendu du devoir bientôt accompli. Comme toutes les semaines, elles viennent voir Fatima, l’agent de crédit de la Fondation Zakoura pour rembourser un emprunt qu’elles ont souscrit il y a peu .
Habillées simplement, habitant un quartier modeste, elles n’ont rien des clientes qui fréquentent habituellement les Banques. Mais comme quelques 460 femmes dans leur quartier, elles ont pu bénéficier d’un microcrédit de 1 000 à 5 000 dh qu’elles remboursent patiemment, semaine après semaine.
Ces prêts d’un genre particulier permettent à des femmes pauvres et souvent analphabètes leur condition de vie. Aucune garantie financière, juste un groupe solidaire de cinq personnes. Si l’une ne peut pas payer, les autres le font à sa place. Un premier prêt de 1000 dh leur est octroyé. S’il est remboursé elles pourront obtenir des microcrédits de plus en plus importants jusqu’à 5 000 dh .
A ses côtés, Naima une mère de famille de 57 ans, vient régler son échéance hebdomadaire. Elle a un grand sourire. Elle en est à son 6ème microcrédit et songe à tout ce que le système lui a apporté. Elle a pu lancer une entreprise de couture et cela a changé sa vie dit-elle. Aujourd’hui elle a un commerce qui marche bien et peu participer aux dépenses du foyer. Résultat : elle a pu se payer un frigidaire, un four, une télévision et peut assurer une bonne éducation à ses enfants .
Un peu plus loin Khadija, 54 ans, est tout aussi ravie. Gràce au microcrédit elle a pu rembourser son gendre auprès duquel elle a emprunté 8 000 dh pour s’acheter une maison. Elle a obtenu un deuxième microcrédit de 1 500 dh. Elle n’a que 100 dh à rembourser par semaine, ce qui ne lui pose aucune difficulté. C’est un petit montant se félicité-t-elle .
Comme Naima ou Khadija, quelques 2 300 000 personnes bénéficient actuellement de ce système de prêt-crédit dans le pays à travers la Fondation Zakoura. »
Conclusion
Est-il possible de créer des entreprises et donc de résoudre en partie les problèmes de l'emploi et de développer la croissance économique par le micro-crédit ?
La réponse n'est pas simple. Deux études, réalisées en Asie (1) donnent une première réponse intéressante :
- Les crédits inférieurs à 100 $US, accordés principalement aux femmes, ne créent que très rarement (moins de 3%) de petites entreprises ou des emplois nouveaux. Ces crédits améliorent la situation sociale des bénéficiaires qui peuvent ainsi trouver les fonds nécessaires pour satisfaire des besoins de première nécessité (santé, nourriture, logement, écolage, etc.). Il y a donc amélioration, mais rares sont les bénéficiaires qui dépassent le seuil de pauvreté. Ces micro-crédits ont toutefois un rôle essentiel qui est avant tout un "plus social" et en cela, il doit être développé.
- Les crédits entre 100 et 1.000 $US sont du même ordre. Ils améliorent cependant nettement le pourcentage (7 à 12 % selon les pays et les cas) de création d'emplois et de petites entreprises nouvelles.
- Ce sont des crédits de 5.000 $US et plus qui déclenchent un processus de croissance par l'investissement dans de nouvelles unités de production, l'amélioration de la productivité et l'ouverture sur de nouveaux marchés.
Depuis le Sommet de Washington, le micro-crédit est devenu une mode, souvent même un nouveau gadget de l'aide internationale. Certains voient en lui la solution aux échecs répétés de la coopération entre le Nord et le Sud. Comme l'a bien décrit M. MOTCHANE, le secteur privé, après l'ONU, est en train de récupérer le micro-crédit pour en faire un nouvel outil qui devrait prouver leur intérêt à "éradiquer la pauvreté".Le micro-crédit existe depuis longtemps, et on n'a pas attendu 1998 pour l'inventer. Beaucoup d'échecs et de réussites jalonnent le chemin des projets financés par le micro-crédit. Il peut "tuer" l'initiative, comme on l'a dit précédemment s'il est accordé sans examiner soigneusement si le bénéficiaire peut rembourser ou si on l'entraîne dans le cercle vicieux Toutefois le crédit, s'il est bien utilisé, est un outil efficace de développement à condition d'étudier avec soin les groupes cibles que l'on veut aider.
Professionnalisme, connaissance du milieu, adaptation des moyens aux conditions locale pour répondre aux vrais besoins, ce sont là les exigences de la réussite. Le micro-crédit est une arme contre la pauvreté, mais il est coûteux et doit être subventionné. Les petits et moyens crédits doivent être développés davantage encore, car c'est eux seulement qui s'attaquent aux causes de la pauvreté en créant des emplois et en facilitant la croissance.